MACF/CBAM au Maroc : un atelier stratégique pour passer de la phase transitoire à l’opérationnalisation

MACF/CBAM au Maroc : un atelier stratégique pour passer de la phase transitoire à l’opérationnalisation
Le 5 février 2026, un atelier national consacré au Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF/CBAM) s’est tenu au Maroc, réunissant les principales parties prenantes institutionnelles, industrielles et techniques concernées par l’entrée en vigueur effective du mécanisme au 1er janvier 2026.
Organisé dans le cadre du Partenariat Vert Maroc-UE par la Délégation de l’Union européenne, en coordination avec le Ministère de l’Économie et des Finances (MEF), cet atelier s’inscrit dans une dynamique de dialogue renforcé entre l’Union européenne et le Maroc.
Un cadrage politique et stratégique clair dès l’ouverture
Les mots d’ouverture ont permis de replacer le MACF dans son contexte politique, climatique et économique.
Eric Trotemann, Chef de coopération à la Délégation de l’Union européenne au Maroc a rappelé que le MACF est entré en vigueur le 1er janvier 2026, marquant la fin de la phase transitoire et l’entrée progressive dans une phase financière. Il a souligné que ce mécanisme constitue un outil réglementaire clé du Pacte vert européen, conçu pour prévenir les fuites de carbone, renforcer la tarification du carbone et soutenir la décarbonation à l’échelle mondiale.
Dans ce cadre, le Maroc est identifié comme un partenaire stratégique de l’Union européenne. Les échanges politiques et techniques menés depuis 2023, ainsi que les projets conjoints mis en œuvre dans les domaines de la transition énergétique, de la décarbonation industrielle et de la tarification du carbone, témoignent de cette coopération structurée. Le MACF ne doit pas être perçu comme une pénalisation, mais comme une incitation à accélérer les trajectoires nationales de décarbonation, notamment par la mise en place de mécanismes de tarification du carbone reconnus.
Du côté marocain, Youssef Farhat, Directeur adjoint du Budget et Président de l’Unité Climat du MEF, a insisté sur le caractère transversal et stratégique du MACF pour l’économie nationale. Le mécanisme constitue à la fois une contrainte et un levier : une contrainte en termes de compétitivité pour certains secteurs exportateurs, mais aussi un signal fort invitant à transformer cette exigence climatique en opportunité industrielle et économique.
Il a rappelé que, depuis le lancement du Partenariat vert UE–Maroc en 2022, le choix a été fait d’anticiper la transition plutôt que de la subir. À partir de 2026, le passage d’une phase déclarative à une phase financière implique des défis concrets pour les entreprises marocaines :
- un défi technique, lié à la mesure, la vérification et la traçabilité des émissions ;
- un défi économique, lié au coût implicite du carbone ;
un défi institutionnel, appelant une réponse coordonnée entre État, secteur privé et partenaires internationaux.

Objectifs de l’atelier : bilan, clarification et préparation
Dans sa présentation introductive, Gaëtan Ducroux, chargé des politiques Énergie, Climat et Environnement à la Délégation de l’Union européenne, a précisé les objectifs attendus de l’atelier :
- dresser un premier bilan de la phase transitoire du MACF (2023–2025) ;
- apporter des clarifications réglementaires aux acteurs marocains concernés, notamment en vue du démarrage des obligations financières à partir de 2026 ;
- analyser les impacts potentiels pour le Maroc, secteur par secteur ;
- offrir une plateforme d’échange permettant aux acteurs industriels et institutionnels de faire remonter leurs difficultés et besoins de préparation.
Il a également rappelé que le MACF s’inscrit pleinement dans l’architecture climatique européenne, en miroir du Système d’échange de quotas d’émission (EU ETS), qui a permis une réduction d’environ 50 % des émissions des centrales électriques et industrielles européennes depuis 2005.
Le MACF : principes, périmètre et calendrier
La première session de travail a permis de revenir sur les fondamentaux du MACF. Celui-ci s’applique actuellement à six secteurs à forte intensité carbone : fer et acier, aluminium, ciment, engrais, hydrogène et électricité. Le mécanisme repose sur les émissions réelles intégrées dans les biens importés, en cohérence avec les règles applicables aux producteurs européens.
La mise en œuvre est progressive :
- une phase transitoire (2023–2025), centrée sur le reporting, sans obligation financière ;
- une phase définitive, engagée depuis janvier 2026, avec une montée en charge graduelle de l’obligation financière, en parallèle de la suppression progressive des allocations gratuites de l’EU ETS.
Les données issues de la phase transitoire montrent que le Maroc n’est pas parmi les pays les plus exposés au MACF. Les produits concernés représentent environ 3,7 % des exportations marocaines vers l’Union européenne, principalement dans les secteurs des engrais et, dans une moindre mesure, du ciment.
MED-GEM Network : un appui opérationnel via le CBAM Helpdesk
Dans ce contexte, une attention particulière a été portée aux outils d’accompagnement mis à disposition des partenaires.
Tiziana de Harlez, Project Manager du MED-GEM Network, a présenté le Helpdesk sur la certification de l’Hydrogène Renouvelable et sur le CBAM, un dispositif développé dans le cadre du projet MED-GEM, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par la GIZ Ins.
Ce Helpdesk vise à :
- faciliter l’accès au marché européen en soutenant la compréhension des exigences de certification de durabilité ;
- accompagner les acteurs publics et privés dans la mise en œuvre du MACF ;
- maintenir la compétitivité des pays partenaires face aux nouvelles exigences climatiques.
L’outil repose sur trois piliers :
- des échanges mensuels de questions-réponses avec des experts spécialisés ;
- des sessions thématiques trimestrielles sur les évolutions réglementaires et méthodologiques ;
- une bibliothèque évolutive de FAQ, notes techniques et références: https://med-gem.eu/faq
Le Helpdesk fonctionne selon un cycle mensuel simple et accessible, permettant aux parties prenantes de soumettre leurs questions par email et, si nécessaire, de bénéficier d’échanges directs avec les experts.

Une première séquence orientée vers l’action
Cette première partie de l’atelier a ainsi posé les bases d’un dialogue structuré entre institutions européennes, autorités marocaines, projets d’assistance technique et acteurs économiques. Elle a confirmé que le MACF constitue moins un choc immédiat qu’un signal stratégique, appelant des réponses progressives, coordonnées et anticipées.
Les sessions suivantes ont approfondi les impacts spécifiques pour le Maroc et les chantiers nationaux de préparation, dans une logique de co-construction des réponses à court, moyen et long terme.
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